Le plafond du taux d'usure a baissé : ce que cela change pour une banque de l'UEMOA
Quand la marge ne se défend plus par le prix, il ne reste qu'un levier. Ce n'est pas une nuance de tarification : c'est un déplacement du centre de gravité d'une politique de crédit.
Un levier en moins
Depuis le 1er juin 2026, le plafond du taux d'usure a été abaissé d'un point dans les huit États de l'UEMOA. Un point paraît peu. Il l'est d'autant moins que ce point était, pour beaucoup d'établissements, la marge de manœuvre qui absorbait l'imprécision de l'évaluation.
Le mécanisme est simple. Face à un dossier dont le risque est mal cerné, une institution dispose de deux réponses : refuser, ou accorder en tarifant plus haut. La seconde réponse consiste à faire payer l'incertitude. Elle fonctionne tant que le plafond le permet.
Réduire le plafond ne rend pas les emprunteurs plus risqués. Il rend l'imprécision plus coûteuse — et il la rend visible.
Ce que la contrainte révèle
Une politique de crédit qui compense l'imprécision par le prix ne le sait généralement pas. Le coût est réparti sur l'ensemble des emprunteurs, dont les bons, qui paient pour l'incertitude que l'institution a sur les autres.
Cette péréquation a un effet secondaire rarement mesuré : elle rend l'établissement moins compétitif sur les meilleurs dossiers, précisément ceux qu'un concurrent mieux outillé viendra chercher. On perd d'abord les bons clients, et l'on ne s'en aperçoit qu'à la dégradation du portefeuille résiduel.
Le plafond abaissé supprime la péréquation. Il ne reste qu'à mieux distinguer.
Ce que « mieux distinguer » veut dire concrètement
Distinguer ne signifie pas refuser davantage. Un dispositif qui améliore la discrimination écarte des dossiers qui auraient fait défaut, et accepte des dossiers qui auraient été refusés par prudence. Les deux effets comptent, et le second est habituellement le plus grand.
La mesure qui importe n'est pas le taux d'acceptation, ni même le taux de défaut pris isolément. C'est le pouvoir discriminant : la capacité à séparer, dans la population traitée, ceux qui rembourseront de ceux qui ne rembourseront pas.
Un pouvoir discriminant se mesure a posteriori, par cohorte de score. C'est un exercice que peu d'institutions font faute d'un dispositif qui enregistre le score attribué à l'octroi — sans lequel la comparaison entre prédiction et réalisé est impossible.
La conséquence organisationnelle
Un point de plafond en moins déplace l'arbitrage du service commercial vers la direction des risques. C'est un changement de gouvernance autant qu'un changement de calcul.
Il rend aussi la politique de crédit plus vivante : quand la marge ne rattrape plus les approximations, les seuils, les exclusions et les pondérations doivent pouvoir être ajustés rapidement, et leur effet mesuré avant activation. Une politique qui demande une livraison logicielle pour changer un seuil ne suit pas ce rythme.
Sources
- Conseil des ministres de l'UMOA — décision relative au taux de l'usure applicable dans les États membres.
- Commission bancaire de l'UMOA — rapports sur la qualité du portefeuille des établissements de crédit.